Je n’ai jamais écrit alcoolisé.
L’alcool n’a jamais été créatif pour moi.
Il ne m’a jamais donné une phrase.
Il ne m’a jamais ouvert une profondeur.
Il m’a simplement anesthésié.
Je buvais pour faire taire les voix.
Pas des hallucinations.
Pas des délires.
Des voix intérieures.
Des reproches.
Des scénarios catastrophes.
Des ruminations qui tournent en boucle.
Une accélération mentale permanente.
Une radio qui ne s’éteint jamais.
L’alcool baissait le volume.
C’était tout.
Il ne créait rien.
Il supprimait temporairement le bruit.
Le problème, c’est que le bruit revenait plus fort le lendemain.
Et avec lui, la honte.
Je n’ai jamais confondu alcool et écriture.
Je les ai séparés.
L’écriture, c’était la construction.
L’alcool, c’était l’évitement.
Aujourd’hui, sobre depuis vingt-sept jours, je découvre la brutalité du son clair.
Les voix ne sont plus étouffées.
Elles sont nettes.
Elles disent :
tu n’es pas assez.
tu aurais dû faire mieux.
tu vas échouer.
tu vas rechuter.
Avant, je pouvais les noyer.
Maintenant, je dois les écouter.
Et parfois, les écrire.
C’est là que tout change.
Écrire n’est plus un geste esthétique.
C’est un acte de confrontation.
Je prends une voix.
Je la pose sur la page.
Je la regarde.
Je la découpe.
Je la transforme en structure.
Je découvre que les mots peuvent faire ce que l’alcool ne faisait que simuler :
organiser le chaos.
La tentation revient surtout dans le vacarme.
Quand le mental s’emballe.
Quand la pression monte.
Quand je voudrais simplement un bouton “off”.
L’alcool promet le silence.
L’écriture ne promet rien.
Elle propose un travail.
Un travail plus lent.
Plus exigeant.
Mais réel.
Je ne cherche pas à faire disparaître les voix.
Je cherche à les comprendre.
À les rendre moins diffuses.
À leur donner une forme pour qu’elles cessent d’être un brouillard.
Écrire sans anesthésie, c’est accepter d’entendre tout.
C’est accepter que le cerveau accélère.
C’est accepter que la tension ne soit pas un défaut, mais une énergie.
Je ne suis pas encore stable.
Vingt-sept jours, ce n’est pas la sérénité.
Mais c’est un début de netteté.
Et je commence à comprendre ceci :
L’alcool faisait taire les voix.
L’écriture les transforme.
