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La sobriété n’est pas morale, elle est technique

On associe souvent la sobriété à une décision morale.

Un effort de volonté.
Une promesse.
Une posture presque spirituelle.

Ce n’est pas mon cas.

Je ne suis pas sobre pour être meilleur.
Je suis sobre pour être précis.

L’alcool n’était pas une faute.
C’était un raccourci.

Un raccourci vers le silence.
Vers une réduction artificielle du bruit mental.
Vers une baisse temporaire de la pression interne.

Mais un raccourci reste une distorsion.

La sobriété, pour moi, est un réglage.

Un calibrage fin.

Comme en design, quand on ajuste une grille, un interlignage, un contraste.
Ce n’est pas moral.
C’est technique.

Je me suis rendu compte que mon esprit fonctionne à haute intensité.
Les connexions se font vite.
Les hypothèses prolifèrent.
Les idées s’agrègent en réseaux complexes.

L’alcool abaissait la résolution.

Il floutait l’image.

Et parfois, le flou semble plus confortable.

Mais le flou empêche la construction.

Écrire exige de la netteté.

Pas une netteté froide.
Une netteté stable.

Je ne peux pas structurer une pensée si elle est anesthésiée.
Je ne peux pas hiérarchiser une intuition si elle est diluée.

La sobriété est devenue une condition de cohérence.

Elle me rend responsable de chaque phrase.

Si un mot sonne faux, je ne peux plus accuser l’état du moment.
Si une idée vacille, je dois la retravailler.

Il n’y a plus d’excuse chimique.

Seulement une exigence.

Ce n’est pas confortable.

Il y a des soirs où le bruit mental monte.
Où la fatigue s’installe.
Où le raccourci semble séduisant.

Mais je sais maintenant que l’alcool ne supprimait pas la tension.
Il la reportait.

La technique, elle, transforme.

Je prends une rumination et je l’écris.
Je prends une saturation et je la découpe.
Je prends une pulsion et je lui donne un cadre.

La sobriété n’est pas une privation.

C’est un outil.

Elle me permet d’observer le flux sans me noyer dedans.

Elle me permet d’entendre les voix sans les amplifier.

Elle me permet de travailler avec la tension au lieu de la fuir.

Je ne cherche pas à devenir serein.

Je cherche à devenir stable.

Stable dans l’intensité.

Stable dans la complexité.

Stable dans la nuit.

La morale parle de bien et de mal.

La technique parle d’efficacité.

Et aujourd’hui, je sais ceci :

L’alcool était inefficace.

Il me donnait l’illusion du contrôle.
Il m’enlevait la maîtrise.

La sobriété, elle, est exigeante.

Mais elle est cohérente.

Elle aligne la pensée et la phrase.

Elle aligne la tension et la structure.

Elle aligne la lucidité et le geste.

Je ne suis pas sobre pour être exemplaire.

Je suis sobre pour construire.

Et construire demande une main ferme.

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