Je parle de “voix”, mais ce ne sont pas des ennemies.
Ce sont des forces.
Il y a les ruminations.
Les scénarios en boucle.
Les dialogues imaginaires.
Les regrets recyclés.
Les hypothèses qui se multiplient.
Le cerveau ne se tait jamais.
Il rejoue.
Il anticipe.
Il corrige ce qui est déjà passé.
Puis il y a autre chose.
Les pulsions créatrices.
Une phrase surgit.
Un rythme.
Une image qui s’impose sans prévenir.
Une association de mots qui réclame sa place.
Ce n’est pas paisible.
C’est électrique.
Et parfois, tout arrive en même temps.
Les ruminations tournent.
La pulsion créatrice frappe.
La saturation monte.
C’est là que je cherchais l’anesthésie.
Pas pour fuir la création.
Pour fuir la surcharge.
Quand tout se mélange, ça devient trop.
Trop d’idées.
Trop d’analyse.
Trop de tension.
L’alcool simplifiait artificiellement le paysage.
Il réduisait le volume global.
Il écrasait la dynamique.
Mais il écrasait aussi la pulsion créatrice.
Il a fallu comprendre une chose essentielle :
Les ruminations, les pulsions et la saturation viennent du même endroit.
D’un système nerveux hyperactif.
D’une exigence élevée.
D’un esprit qui ne sait pas fonctionner à bas régime.
Le problème n’était pas la créativité.
Le problème était l’absence de structure.
Aujourd’hui, sobre, je découvre que l’écriture n’est pas une production.
C’est un canal.
Je prends la saturation et je la divise.
Je prends la rumination et je la transforme en matière.
Je prends la pulsion et je lui donne une forme.
La page devient un régulateur.
Ce qui était bruit devient rythme.
Ce qui était surcharge devient architecture.
Ce qui était anxiété devient tension narrative.
Les voix ne sont pas mes ennemies.
Elles sont la matière brute.
Elles demandent simplement une construction.
Je ne cherche plus à les faire taire.
Je cherche à les hiérarchiser.
À comprendre lesquelles parlent par peur.
Lesquelles parlent par exigence.
Lesquelles parlent par création.
Il y a encore des moments de saturation.
Il y aura encore des tentations.
Mais je commence à comprendre ceci :
Ce n’est pas le silence dont j’ai besoin.
C’est d’un cadre.
La sobriété n’est pas un vide.
C’est une mise au point.
Et l’écriture, aujourd’hui, n’est plus un exutoire.
C’est un système de régulation.
