Les Éditions Dysphoria — Désigne une perturbation de l’humeur littéraire caractérisée par un sentiment déplaisant et dérangeant d'inconfort émotionnel ou mental.
Bienvenue aux Éditions Dysphoria
 

Pourquoi j’écris quand tout vacille

Je n’écris pas pour raconter.

Je n’écris pas pour transmettre.

Je n’écris même pas pour être lu.

J’écris parce que quelque chose en moi se contracte.

Une tension immense.
Une pression interne qui ne trouve aucune issue dans le langage courant.
Alors je cherche des mots. Pas des mots utiles. Pas des mots polis.
Des mots qui résonnent entre eux comme des os qui s’entrechoquent.

Écrire n’est pas un choix.
C’est une accélération.

Une accélération post-métaphysique — si tant est que cela signifie quelque chose.
Ce qui vient après les grandes questions.
Après Dieu.
Après le sens.
Après la chute.

Quand tout vacille, il reste le rythme.

Je sens la phrase avant de la comprendre.
Elle apparaît comme une tension dans la cage thoracique.
Quelque chose qui pousse vers l’avant.
Un besoin viscéral, implacable.

Il ne s’agit pas de produire.
Il s’agit d’extraire.

Extraire une vibration.
Isoler une collision intérieure.
Faire en sorte que deux mots, posés côte à côte, créent une faille lumineuse.

Je n’écris pas pour me soulager.

Au contraire.

Écrire augmente la pression.
Elle devient plus fine. Plus précise. Plus dangereuse.

Chaque phrase est une ligne de crête.
Trop loin — elle s’effondre dans le lyrisme.
Trop sèche — elle devient posture.
Je cherche l’équilibre instable. La zone où ça tremble encore.

Il y a une forme de violence dans l’acte d’écrire.
Une violence silencieuse.
On découpe. On rature. On supprime ce qui triche.

Je ne crois pas à l’inspiration.
Je crois en l’insistance.

Le texte revient.
Toujours.
Même quand je tente de l’ignorer.

Il s’impose comme une nécessité biologique.
Une pulsation.
Quelque chose qui dit :
pose ça maintenant, sinon cela se dissoudra.

Écrire, c’est retenir ce qui fuit.

Mais c’est aussi accepter que tout ne puisse pas être sauvé.

Certains fragments restent en arrière.
Certains tremblements ne trouvent pas de langue.
Il faut vivre avec cette perte.

Quand j’écris, je ne cherche pas la beauté.
Je cherche la justesse vibratoire.

Je veux que les mots se reconnaissent entre eux.
Qu’ils forment un réseau électrique.
Qu’ils s’attirent et se repoussent.

Je veux que le texte respire.

La tension ne disparaît pas après avoir écrit.
Elle se transforme.
Elle devient une ligne noire, stable, dans le chaos.

C’est peut-être cela, au fond :
Écrire quand tout vacille,
C’est tracer une ligne droite au milieu d’un monde instable.

Pas pour le réparer.
Pas pour l’expliquer.

Mais pour tenir.

Partager l’article
Rédigé par
Aucun commentaire

Désolé mais les commentaires sont actuellement fermés.